Grands penseurs en éducation- Érasme
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painchar
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Le texte suivant est tiré de Perspectives : revue trimestrielle d’éducation comparée
(Paris, UNESCO : Bureau international d’éducation), vol.
XXIII, n° 1-2, 1993, p.
337-356.
©UNESCO : Bureau international d’éducation,...
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Le texte suivant est tiré de Perspectives : revue trimestrielle d’éducation comparée
(Paris, UNESCO : Bureau international d’éducation), vol.
XXIII, n° 1-2, 1993, p.
337-356.
©UNESCO : Bureau international d’éducation, 2000
Ce document peut être reproduit librement, à condition d’en mentionner la source.
ÉRASME
(1467?-1536)
Jean-Claude Margolin1
Que les initiateurs du programme "Erasmus", qui rassemble depuis quelques années un nombre
sans cesse croissant d’étudiants et de professeurs d’Europe autour d’un thème de réflexion ou
de recherche, aient choisi d’emprunter le nom du célèbre humaniste hollandais, n’est
assurément pas une foucade administrative.
Mais comme Érasme lui-même, en dépit de la
notoriété de son nom, du titre de l’un de ses ouvrages (Éloge de la Folie), sans parler des
deux portraits que nous en a légués Holbein le Jeune, est plus souvent cité qu’il n’est lu, et que
sa vie et ses travaux restent pour beaucoup enveloppés de brume, il ne nous paraît pas inutile
de souligner quelques points forts de cette destinée exceptionnelle, en un temps qui en
comptait pourtant bien d’autres.
Survol d’une vie et d’une oeuvre
Destinée exceptionnelle, sinon étrange en effet que celle de cet enfant sans nom, né dans des
conditions obscures, sinon infamantes, d’un père prêtre qui avait séduit la fille d’un médecin de
Zevenbergen, du nom de Geert.
Né à Rotterdam en 1467 (ou 1469, 466, 1468 selon les
sources), il devait, quelques décennies plus tard, illustrer sa ville qui n’était en cette dernière
partie du XVème siècle qu’une petite bourgade de pêcheurs, en accolant son nom au sien :
l’obscur fils de Geert (en hollandais "le désiré") se fera glorieusement connaître sous le nom de
Desiderius Erasmus Roterodamus, et par la suite sous celui de "prince des humanistes"
2
.
Cette notoriété pose à l’historien des idées davantage de questions qu’elle n’apporte de
réponses : Érasme (appelons-le désormais sous le nom qu’il s’est donné, usant d’un verbe grec
qui signifie "aimer", et où l’on peut déceler un besoin d’aimer et d’être aimé) ne fut ni un
meneur d’hommes ni un grand philosophe ; il n’a pas été, comme Luther, Zwingli ou Calvin,
un fondateur de religion ; il a échappé à toutes les persécutions à une époque de guerres civiles
et extérieures, de révolutions religieuses, où ses meilleurs amis périrent sur le champ de
bataille ou sous la hache du bourreau, victimes de leur engagement, comme son meilleur ami
Thomas More, l’auteur de l’Utopie
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, qui fut chancelier d’Angleterre avant d’être décapité à
Londres en juillet 1535.
Érasme a écrit toutes ses œuvres en latin, langue de l’élite européenne
de l’époque ; c’est dire qu’il écrivait seulement pour quelques milliers de personnes.
Qui,
aujourd’hui, hormis quelques universitaires et étudiants, pourrait prétendre lire Érasme dans le
texte? Il est vrai que cet homme, qui ne parlait le hollandais ou l’allemand qu’à des aubergistes
ou à sa servante, souhaitait que les textes les plus importants (comme le Nouveau Testament,
dont il donnera une version latine originale
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fussent traduits dans les langues modernes, afin,
dit-il, "que le laboureur à sa charrue ou le tisserand à ses navettes puissent prier Dieu dans une
langue qui leur fût intelligible"
5.
Aujourd’hui le vœu d’Érasme est exaucé au-delà de ses
espérances, bien qu’il reste encore beaucoup à faire : la plupart de ses œuvres sont traduites
dans de nombreuses langues.
Pour ne prendre qu’un exemple, l’Éloge de la Folie, sermon
ironique, parfois pathétique de Dame Folie (qui sert d’interprète à Érasme lui-même), peut
être lu, dans sa propre langue et en livre de poche, par l’étudiant le plus désargenté partout
dans le monde.
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